Le terme « antioxydant » est devenu très commun pour la majorité des personnes. Tous les produits contenant des antioxydants sont devenus « tendances » et il semble indispensable de supplémenter sous peine de vieillir à vue d’œil… De ce fait, nous cherchons sans arrêt à obtenir notre dose quotidienne pour lutter contre le stress (métabolique), c’est-à-dire l’oxydation cellulaire (et donc le vieillissement physiologique du corps). Cependant, il n’est pas forcément opportun de se supplémenter en antioxydant à tout moment de la journée, surtout si vous souhaitez récolter les bienfaits de votre pratique sportive. Voyons dans cet article pourquoi il est sage de réfléchir au timing de sa supplémentation en antioxydant.

Il faut tout d’abord comprendre le concept de stress. Le stress est un mot que nous employons couramment et qui permet de qualifier nos ressentis face aux situations de vie que nous rencontrons. Un entretien d’embauche, une présentation importante devant de potentiels clients, une surcharge momentanée de travail sont autant de situations stressantes qui requièrent une certaine résilience de notre part. Le stress que notre organisme subit est à la fois psychologique et physiologique. Une séance de sport est un évènement stressant pour notre corps. Chaque effort physique est un stress pour l’organisme. Bien sûr, quel que soit son origine, le niveau de stress dépendra principalement de l’intensité et de la durée de l’activité stressante. Ainsi, on distingue souvent le stress ponctuel (c’est-à-dire, un stress momentané) du stress chronique (c’est-à-dire, un stress long, plusieurs jours, plusieurs semaines, etc.). Le stress ponctuel est très bien représenté par votre séance de sport. Vous stressez votre organisme en lui demandant de faire certains efforts (musculaires, cardiovasculaires, métaboliques), puis une fois ces efforts terminés, votre corps met en place sa récupération qui aboutit à un gain physiologique (plus fort, plus endurant, etc.). Le stress chronique est différent, il indique que l’organisme se retrouve face à une situation qu’il n’arrive pas à surmonter, il met en place tous ses moyens de récupération, mais ceux-ci ne sont pas suffisants pour lutter contre le stress métabolique. C’est le cas, par exemple, du surentraînement chez le sportif et du burn-out chez le salarié ou chef d’entreprise.

Dans l’organisme, le stress oxydatif est représenté par la production des dérivés réactifs de l’oxygène, comme les radicaux libres, par exemple. Ces dérivés réactifs de l’oxygène (DRO) sont des sous-produits du métabolisme de l’oxygène et sont produits tout à fait naturellement. L’organisme a d’ailleurs le moyen de lutter contre ces DRO en produisant des antioxydants endogènes. C’est ce qui se passe lorsque vous avez réalisé votre séance d’entraînement. Bien sûr, lorsque l’organisme n’arrive plus à lutter contre l’accumulation de DRO, les cellules sont endommagées gravement. Les DRO sont une des raisons du vieillissement cellulaire.

Donc, les DRO, c’est pas bon pour notre corps. Et bien, comme expliqué ci-dessus cela dépend de la dose. Car une stimulation régulière des DRO permet de stimuler l’expression de certains gènes et nos propres systèmes antioxydants et c’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle le sport est si bénéfique dans la prévention de nombreuses maladies chroniques, comme les cancers et les maladies cardiovasculaires.

Quel rapport avec nos gains sportifs ?

Prenons l’exemple de la course à pied. Vous courrez et votre objectif est de vous améliorer pour pouvoir courir plus longtemps, plus vite, de pouvoir faire tel temps sur telle course. En termes physiologiques, cette amélioration passe par l’amélioration du système cardio-vasculaire (le cœur) et du système métabolique (la production d’énergie dans nos cellules). Un élément primordial de votre performance se nomme la mitochondrie. Vous pouvez l’imaginer comme l’usine de production de votre énergie. Non seulement l’entraînement permet d’augmenter sa productivité, mais il augmente également le nombre d’usines. LA molécule responsable de la création de ces usines est une protéine nommée PGC-1α. Et cette protéine est stimulée, entre autres, par les DRO. Ainsi, plus votre séance produira de DRO, et plus cela augmentera la stimulation de PGC-1α, et donc la production de mitochondries. Après l’entraînement, la production de DRO a stimulé les systèmes endogènes antioxydants, et ceux-ci viennent éliminer le risque cellulaire, et nous pouvons ainsi devenir plus endurant et bénéficier de nombreux autres avantages pour notre santé.

Nous en revenons au titre de cet article. La consommation d’antioxydant doit être en adéquation temporelle avec votre pratique. Par exemple, vous savez probablement que la vitamine C (l’acide ascorbique) est un puissant antioxydant. Et il n’est pas rare que la vitamine C soit conseillée comme « booster » de tonus et de performance (surtout l’hiver). Seulement, une étude parue en 2008 a montré que la consommation d’1 gramme de vitamine C par voie orale, une heure avant de courir, diminuait les gains potentiels de moitié. Les personnes qui ne supplémentaient pas obtenaient de bien meilleurs gains en endurance. De plus, l’expression de la PGC-1α était quasiment annulée. Vous pouvez donc prendre des suppléments ou des produits naturels contenant des anti-oxydants mais faitesen sorte que cette prise soit suffisamment espacée de votre entraînement. Si vous vous entraînez dans la matinée, ne prenez pas d’antioxydants avant votre entraînement, et attendez quelques heures après votre séance, car la stimulation de PGC-1α perdure après l’arrêt de l’entraînement.

La conclusion de cet article est donc de faire attention lorsque vous vous supplémentez. L’organisme a ses propres moyens de défense. Vouloir à tout prix supprimer les attaques qu’il subit peut parfois s’avérer néfaste. Au niveau de vos pratiques sportives, il est primordial de laisser les processus inflammatoires et de stress se dérouler normalement pour pouvoir progresser et bénéficier des gains potentiels de votre entraînement. La même règle s’applique à la technique du froid juste après l’entraînement, mais ceci fera l’objet d’une future publication.

Bon entraînement !

Dr. Pierre DebrauxSci-Sport.com